vendredi 30 mai 2008

Robert Musil, Les désarrois de l'élève Törless*.

S’il lisait, ce n’était point pour méditer sur des opinions et des controverses : il voulait que le livre, à peine ouvert, fût une porte dérobée par où il eût accès à une science supérieure. Il voulait des livres dont la seule possession fût comme le sceau d’une ordination et la garantie de révélations surnaturelles. Cela, il ne pouvait le trouver que dans les œuvres de la philosophie hindoue, qui semblaient vraiment n’être pas pour lui des livres, mais des apocalypses, quelque chose de réel, des œuvres à clef, comme les livres d’alchimie et de magie du Moyen Age.
Le développement de toute énergie morale un peu subtile commence toujours par affaiblir l’âme dont il sera peut – être un jour l’expérience la plus hardie, comme si ses racines devaient d’abord descendre à tâtons, et bouleverser le sol qu’elles sont destinées à mieux fixer plus tard : ce qui explique que les jeunes gens de grand avenir aient un passé tissé d’humiliations.
Car pour celui qui réussit intégralement à voir son âme , la vie du corps, purement contingente, se dissoud ; et les Livres disent que celui – là accède immédiatement à un royaume spirituel supérieur.
Chacun sait que tout a son explication simple et naturelle…
…tout ce qui, vu de loin, nous semble si vaste et si énigmatique, finit toujours par nous paraître absolument simple, par retrouver un équilibre et des proportions normales, banales même.

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