mardi 22 décembre 2009

Yukio Mishima, Dojoji et autres nouvelles.


... et leurs corps ne les connaîtraient plus jamais.
La douceur de leurs doigts enlacés elle aussi serait perdue.

lundi 14 décembre 2009

Kim Yeshi, Tibet, histoire d'une tragédie.

Je savais que tant que j'éprouverais du ressentiment envers ma souffrance, elle me serait insupportable. Parce que nous fabriquons mentalement la souffrance.

Pétrone, Le Satiricon*.

... une inspiration autonome, qui doit se donner carrière, de telle sorte que l’on ait l’impression d’une révélation issue d’une âme possédée plutôt que d’un récit authentique ... .

dimanche 29 novembre 2009

Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie*.

J'étais un homme des mûrissements longs, je n'avais pas peur de l'écoulement du temps, quelque chose m'assurait que mon existence atteindrait sa pleine fécondité quand elle entrerait dans sa seconde moitié.
Sartre ... publiait également la Critique de la raison dialectique, avec ses analyses décisives sur le moment libérateur et éphémère de toute révolution ... suivi inéluctablement de la fraternité-terreur, qui dégénère à son tour et se fige en bureaucratie du soupçon et en dictature.
... le paradigme de la piété, qui ne consiste pas à se retirer sur la pointe des pieds face à la douleur, mais qui obéit d'abord à l'impératif catégorique de la recherche et de la transmission de la vérité.


samedi 7 novembre 2009

Klaus Rifbjerg, Nansen et Johansen.


Il avait ri de l'expression "Chacun est maître de son destin", mais dans le secret de son coeur, il savait qu'elle disait vrai. On peut ce qu'on veut... quand on peut.
Malgré tout, ses impressions d'insécurité convergeaient et formaient un courant si fort que de temps à autre, il avait tendance à le renverser ou à l'emporter dans un tourbillon vertigineux. Mais à l'instant même où il se sentait ... au bord du gouffre, une force se levait en lui ... et ... le plaisir le submergeait.

lundi 2 novembre 2009

Pierre Jourde, Paradis noirs.

... ce sont ses yeux bleu clair ... dont le regard un peu fixe m'a toujours mis mal à l'aise, comme s'ils allaient chercher en moi les petitesses et les insuffisances.
Je me sens un peu ridicule de me laisser ainsi bouleverser par presque rien, une sensation que je ne suis pas même capable de reconnaître mais dont je ne peux pas non plus me défendre.
D'une certaine manière, il n'avait pas été victime de sa perversion, mais bien de sa bonté profonde. J'aurais voulu lui dire qu'il s'était condamné lui-même par scrupule, par excès d'interprétation, par son obsession à trouver des liens secrets partout. J'aurais voulu lui dire qu'il n'y avait rien dans tout cela de tragique, et qu'il avait ourdi du tragique à force de se raconter des histoires. J'ignorais ... dans quelle mesure il avait donné vie à ses chimères.

dimanche 25 octobre 2009

Steve Toltz, Une partie du tout.

Je n'avais pas réalisé que les gens ne pensent pas, ils répètent. Ils n'analysent pas, ils régurgitent. Ils ne digèrent pas, ils copient. A l'époque, je ne comprenais que très vaguement que choisir entre diverses options n'a rien à voir avec le fait de réfléchir par soi-même. La seule véritable façon de réfléchir par soi-même, c'est de créer des options qui t'appartiennent, des options qui n'existaient pas jusque-là.
... il me semblait que la philosophie consistait en discussions mesquines à propos de choses impossibles à savoir... de Platon jusqu'à nos jours, la plupart des philosophes sapaient leurs propres théories, parce que presque personne ne semblait vouloir commencer à partir de rien ou endurer l'incertitude.
... si l'homme seul est souvent stupide, en groupe c'est un débile profond.
Imaginez un immortel. Révoltant de penser qu'il pourrait dire les mêmes conneries au cours des siècles. Penser que l'immortel le jour de son 700 522e anniversaire continue à toucher son assiette alors qu'on lui a dit qu'elle était brûlante.
C'est très bien quitter la France quand les tanks allemands font leur entrée mais par temps de paix pourquoi prendre cette peine ?
Une vie vécue seul affaiblit le sustème immunitaire de l'esprit, et votre cerveau prête le flanc à une attaque d'idées farfelues.
Sincèrement, malgré tout le bruit que fait un père pour exiger respect et obéissance, je ne crois pas qu'il en existe au monde un seul qui ne désire pas simplement une chose au fond de son coeur : que son fils l'aime.
J'ai gardé la moindre goutte de mon réservoir de fureur pour ma haine des journalistes, ces chiens de garde de la moralité, en chaleur, aussi bidons que satisfaits d'eux-mêmes.
Je suis resté seul, avec le silence qui disait tout ce qu'il dit toujours.
Ii y a beaucoup à dire sur le pouvoir de l'obstination. es gens demeurent souvent en vie par la seule force de la volonté; les infirmes marchent et les morts bandent.
... le véritable fruit de la méditation n'était pas la paix intérieure mais l'amour.
"Celui qui ne s'est pas libéré des liens du sang et du sol n'est pas encore complètement né en tant qu'être humain; sa capacité à aimer et à raisonner est inhibée ..." Fromm.
... l'amour du pays qui ne fait pas partie de l'amour pour l'humanité n'est pas de l'amour, mais de l'idolâtrie.
Bien-sûr, ce n'était qu'un homme d'affaires, avec le même amour du profit et la même indifférence aux souffrances humaines que ses homologues occidentaux.
On appartient à une chose immense : le tout de l'humanité. C'est énorme. Mais on est incapable de le voir, alors on choisit ... Quoi ? Une organisation ? une culture ? une religion ? Qui n'est pas plus grande que nous. Mais beaucoup, beaucoup plus petite !

jeudi 8 octobre 2009

Michel Dintrich, Un musicien chez les coupeurs de têtes***.

A Ujungpandang, contact brutal avec le tourisme : un contingent d'une vingtaine de Français monte bruyamment à bord.
... à une époque où la planète n'avait pas encore été photographiée par satellite sous toutes les coutures. Epoque où il restait encore un ailleurs pour satisfaire notre insatiable besoin d'évasion ...
... la conviction définitive que le mode de développement imposé au monde par la civilisation occidentale, avec sa morale de l'accumulation et du travail, était catastrophique pour tous les aspects de la vie.
... ceux-ci, pendant des millénaires, se sont fort bien passé de la conception du bonheur que les Occidentaux, ou les Indonésiens occidentalisés et acculturés par le christianisme et l'islam, ont eu l'incroyable prétention de leur imposer.

samedi 3 octobre 2009

Jacques Chessex, Un Juif pour l'exemple*.

A cet instant une phrase de Jankélévitch me revient à la mémoire : "La responsabilité inouïe qui est la nôtre, d'avoir une âme qui nous survit dans l'éternité."

Romain Gary, Les mangeurs d'étoiles.

L'homme ne faisait pas partie du règne animal, et il n'avait à se faire aucune illusion là-dessus.
Il fallait une bonne dose de naïveté pour imaginer que les massacres, la cruauté et le "pouvoir" pouvaient vous mener quelque part.
... le pouvoir leur glissait entre les mains, simplement parce qu'ils commençaient à mollir et à essayer de se racheter, de faire du "bien".
Le monde était une saloperie de pute qui aimait les coups et se donnait au plus fort.
... elle y étudia notamment le marxisme, qui était présenté avec clarté remarquable en deux lignes.
... il s'était élevé au-dessus de toute cette agitation parfaitement méprisable et, du haut de sa sérénité et du niveau de conscience, de culture et de lucidité qu'il avait atteint, il refusait de s'intéresser à e qui se passait en bas sur la terre et attendait, sans trop d'espoir, que l'Evolution vînt le rejoindre sur les hauts sommets.
Les Simbas mangeaient leurs prisonniers blancs et noirs après les avoir torturés. Les Allemands les transformaient en savon. La différence entre les Simbas et les Allemands civilisés était tout entière dans ce savon. Ce besoin de propreté, c'est la culture.
Il avait vu les paysans crever de faim ainsi, en riant, le ventre bourré d'"étoiles".
Le monde était un endroit sans une ombre de mystère, comme cette place inondée de lumière et qui n'avait rien à cacher, et le vieux et tenace soupçon, l'atroce certitude que les hommes étaient seuls et maîtres de leur destin l'emplissait d'une détresse totale et donnait à ses larmes une sincérité qu'il pouvait à peine supporter.

mardi 22 septembre 2009

Henri Charrière, Papillon*.


When people don't think evil of others, it means they're decent and straightforward themselves.
'... Let me tell you that in my humble opinion the greater human civilization and the greater understanding is to be found in each member of this community, living simply and naturally; even if it is a community that lacks all the advantages of an industrial civilization. But though they may not have the benefits of progress, they have a much higher notion of Christian charity than all the other so-called civilized nations in the world. I'd rather have a man belonging to this village, unable to read and write, than a Sorbonne graduate, if that meant he would come to have the heart of the lawyer who got me sent down. The first is always a man; the other has forgotten how to be one.'

dimanche 30 août 2009

Claude B. Levenson, Tibet, otage de la Chine*.

... la litanie rituelle des "Om mani pémé hum" emplissait l'atmosphère d'une douceur entêtante, désarmorçant l'argumentation et apaisant le roulement des questions.
Chou Enlai, dont nul ne saurait mettre en doute l'habileté ni le flair politiques, disait un jour qu'il faudrait "de cinquante à cent ans pour convertir le Tibet au communisme".
"... Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, dangereusement parfois, est devenu trop interdépendant pour se permettre d'ignorer tel ou tel drame. Il est vrai que d'autres intérêts, essentiellement économiques plutôt que moraux ou éthiques, commandent souvent les attitudes des responsables des affaires du monde. Il convient cependant de voir que cette approche est à courte vue et qu'elle mène à des carastrophes..." (dalaï-lama)
"... Sans doute aucun gouvernement n'est parfait, mais la démocratie est ce qu'il y a de plus proche de la nature humaine..." (dalaï-lama)
"Il n'y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin", disait le sage.
... une partie de la planète s'étonne presque d'avoir franchi un seuil qu'elle se figurait magique tandis que la majorité des habitants de la terre continue de vivre selon d'autres rythmes calendaires.
Il règne dans cet oratoire officiellement désaffecté une atmosphère paisible, harmonie complice de sérénité et d'énergie comme en un essor vers un espace sans âge ni limite.

mardi 18 août 2009

André Gide, Voyage au Congo**.

Beauté des arbres, des enfants au torse nu, rieurs, au regard languide. Le ciel est bas. Extraordinaire quiétude et douceur de l'air. Tout ici semble promettre le bonheur, la volupté, l'oubli.
Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête.
Quels braves gens ! Comme on les conquerrait vite ! et quel art diabolique, quelle persévérance dans l'incompréhension, quelle politique de haine et de mauvais vouloir il a fallu pour obtenir de quoi justifier les brutalités, les exactions et les sévices.
Auprès de ces noirs, combien de blancs ont l'air de goujats.
Le sultan, cet être arrogant et sans souriui sans doute nous a jugés peu importants, d'après notre familiarité envers les inférieurs, ne daigne point paraître.
Tout proche de la défaillance le corps peut goûter presque suavement l'être. Oasis parfois ravissantes entre deux reprises d'angoisse.
On ne trouve rien dans le sang de Marc;n plus que dans le mien. Un peu confus de ne pas être plus malades...
Il est à peu près impossible, à celui qui ne parle point la langue et ne fait guère que passer, de pénétrer bien avant dans la psychologie d'un peuple...
Ces deux tristes produits de la ville (Yaoundé), voleurs, menteurs, hypocrites, justifieraient l'iiritation de certains colons contre les noirs. Mais précisément ce ne sont pas des produits naturels du pays. C'est au contact de notre civilisation qu'ils se sont gâtés.
Quel hôtel ! Le plus rébarbatif des gîtes d'étape est préférable. Et quels blancs ! Laideur, bêtise, vulgarité... Pour moi qui crains sans cesse de déranger autrui, la prière d'autrui, tant de sans-gêne me consterne d'abord, puis m'indigne. Mais je me dis bientôt que, si ces gens nous dérangent, c'est sans le savoir, car eux-mêmes ne méditant pas, ne lisant pas, ne priant pas, et dormant d'un sommeil de brute, ne sont jamais dérangés par rien. Je voudrais écrire un Eloge de la délicatesse.

lundi 10 août 2009

Claude B. Levenson, L'an prochain à Lhassa*.

Les deux jeunes gens avaient en commun d'être nés un mercredi et d'avoir été immédiatement placés sous le signe d'une longue vie.
Tashi Gyaltsen était cependant de cette espèce d'hommes sur lesquels se brise l'adversité, et qui durent.
Une douzaine d'années sont passées, soit un cycle de vie selon la tradition tibétaine.
... au nom de quoi l'armée populaire s'était-elle arrogé le droit de libérer le Tibet, de qui et de quoi ?
Un choix d'homme libre, en accord avec sa conscience et sa responsabilité personnelle. Pour les uns, il aura failli à son paysne. Pour les autres, il aura su voir au-delà des apparences, et agir conformément à une exigence éthique intérieure plus contraignante encore.
"Notre vie au Tibet s'écoulait sans hâte et sans l'étrange force qui, ici, pousse les gens de telle manière qu'ils ont toujours l'air de faire une chose alors qu'ils voudraient en faire une autre, de même que s'ils étaient menés comme des animaux. Au Tibet, je me sentais plus libre, plus vivant, et, si la vie pouvait être dure, il était plus aisé de la vivre."
De fait, il faut chercher, examiner, approfondir, expérimenter et ensuite décider : on est libre de choisir. Pour ma part, en tant que bouddhiste, je dois vérifier et valider, accepter ou non. Mêmes les paroles du Bouddha sont à passer au crible du doute et de l'examen.
Ensemble, l'intelligence et la compassion sont constructives, l'intelligence sans compassion peut devenir désastreuse.

mardi 28 juillet 2009

Jean-Claude Buhrer et Claude B. Levenson, Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie*.

"... D'aucuns prétendent que la démocratie ne fait pas partie des valeurs asiatiques. Je ne le pense pas ..." Aung San Suu Kyi.
Le thoke-thin-ye, c'est-à-dire la mise à l'écart de l'adversaire par son élimination totale, n'a cessé depuis lors d'être l'une des composantes du jeu politique birman.
... l'homme (James Leander Nichols) était trop entier, trop viscéralement ades principes démocratiques pour entrer dans leur jeu douteux, et trop franc pour mâcher ses mots... l'homme était décidément trop turbulent, ou trop libre, pour devenir un vrai militant.

vendredi 10 juillet 2009

Marguerite Duras, Les impudents**.

- C'est ce temps, et je ne sais pas ce qu'on ressent, ici; moi aussi je suis angoissée, comme s'il allait arriver quelque chose ...
- Moi, je devrais écrire, mais vois-tu, lorsqu'on écrit, on est à moitié fini, on est diminué, ça vous use, c'est dégoûtant ... Et puis, pourquoi faire ?
Avant de s'élancer elle ramassa ce qui lui restait de raison ...
Elle revint à la réalité, douce, étrange, à la façon des malades qui recouvrent la santé.

mardi 7 juillet 2009

Romain Gary (Emile Ajar), La vie devant soi*.

J'ai cessé d'ignorer à l'âge de trois ou quatre ans et parfois ça me manque.
Madame Rosa disait que le cul c'est ce qu'ils ont de plus important en France avec Louis XIV...
... la peur est notre plus sûre alliée et que sans elle Dieu sait ce qui nous arriverait ...
J'avais les jetons mais c'était bon d'avoir peur en sachant pourquoi, car d'habitude j'ai une peur bleue sans aucune raison, comme on respire.
... la vie fait vivre les gens sans faire tellement attention à ce qui leur arrive.
Je suis resté un bon moment avec lui en laissant passer le temps, celui qui va lentement et qui n'est pas français.
- Ah bon. Tu es un garçon très intelligent, très sensible, trop sensible même. J'ai souvent dit à Madame Rosa que tu ne seras jamais comme tout le monde. Quelquefois, ça fait des grands poètes, des écrivains, et quelquefois ... des révoltés.


mardi 30 juin 2009

Cicéron, Le bonheur*.

... c'est là l'homme véritablement heureux : rien de ce qui peut arriver à l'homme ne lui paraît ni assez intolérable pour abattre son âme, ni assez heureux pour la transporter.
Il jette sur le monde un regard si pénétrant qu'il aperçoit toujours une demeure possible, un lieu où vivre sans chagrin ni angoisse, capable ainsi, quelque malheur que le sort lui envoie, de s'arranger de lui et de le supporter sans y perdre sa tranquillité.
... quand elle affirme que l'excès, de tristesse ou de joie, provient toujours d'une erreur de jugement. Erreur que d'ailleurs le temps se charge à lui seul de dissiper, même chez ceux qui déraisonnent ...
Ce que nous entendons quand nous parlons d'une grande âme, d'une âme forte et courageuse, c'est une âme équilibrée, en repos, solide, et qui sait dominer tous les hasards de la vie. Une telle âme ne peut appartenir à un homme qui s'afflige, craint, désire ou délire de joie ...
Il n'est aucune histoire si terrible, aucun accident du sort,
Aucun malheur envoyé par la colère divine
Dont la nature humaine, par la patience, ne puisse venir à bout.
(Oreste d'Euridpe)


mercredi 24 juin 2009

Pierre Boulle, Le pont de la rivière Khwaï*.

L'abîme infranchissable que certains regards voient creusé entre l'âme occidentale et l'âme orientale n'est peut-être qu'un effet de mirage. Peut-être n'est-il que la représentation conventionnelle d'un lieu commun sans base solide, un jour perfidement travesti en aperçu piquant, dont on ne peut même pas invoquer la qualité de vérité première pour justifier l'existence ?
Clipton, d'ailleurs, était par nature objectif et possédait le don rare de pouvoir considérer un problème sous des angles très différents.
Il resta longtemps silencieux, pendant que ce point se débattait probablement en une dimension mystérieuse de l'univers.
"N'est-ce pas ? répondit-il gravement. Ils sont bien tels que je les ai toujours jugés : un peuple très primitif, encore dans l'enfance, qui a reçu trop vite un vernis de civilisation. Ils n'ont vraiment rien appris en profondeur. Livrés à eux-mêmes, ils ne peuvent faire un pas en avant. Sans nous, ils seraient encore à l'époque de la marine à voiles et ne posséderaient pas un avion. De véritables enfants... Et quelle prétention avec cela, Clipton ! Un ouvrage de cette importance ! Croyez-moi; ils sont tout juste capables de construire des ponts de lianes."
Ce sens spécial de l'"atmosphère" ne le trompe presque jamais. Son malaise s'aggrave jusqu'à devenir une angoisse, qu'il essaie de dissiper en raisonnant.
C'est la deuxième fois de sa vie qu'il éprouve un pareil bouleversement... Son coeur s'arrête réellement, véritablement de battre, et tout son corps sécrète une sueur glacée.

dimanche 7 juin 2009

Jirô Taniguchi, Le sommet des dieux***.





Le Sommet des dieux (神々の山嶺 : Kamigami no Itadaki) est une adaptation de l'œuvre originale de Yumemakura Baku, dessinée par Jirô Taniguchi.
Il a reçu en 2001 le prix de la meilleure œuvre dans la catégorie manga lors de la 5e édition du festival des arts et médias du ministère de la culture du Japon et le Prix du dessin lors du Festival d'Angoulême 2005.

J'ai adoré !

samedi 6 juin 2009

Gustave Flaubert, L'éducation sentimentale***.

... et il songeait dédaigneusement à tous ces êtres humains couchés derrière ces murs, qui existaient sans la voir, et dont pas un même ne se doutait qu'elle vécût !
... la foule l'étourdissait, - le dimanche surtout ... il se sentait tout écoeuré par la bassesse des figures, la niaiserie des propos, la satisfaction imbécile transpirant sur les fronts en sueur !
Sans y prendre garde, elle s'habillait devant lui, tirait avec lenteur ses bas de soie ...
Cependant, est-ce que la volonté n'était pas l'élément capital des entreprises ? et, puisque avec elle on triomphe de tout ...

mardi 19 mai 2009

Ung Daravichet Chai, Soma, l'enfant de l'Angkar*.

Une vie calme, harmonieuse, aussi limpide que le reflet du ciel, aussi paisible que l'âme de la terre. La pagode se coiffe de jasmin. Ici, c'est la fin et le début du monde.
Ils commettent des fautes et prient pour leur pardon, mais le Bouddha n'est pas un rédempteur. Il n'est pas un dieu et il n'a aucun pouvoir d'absolution.
- Qu'importent les richesses matérielles. La plus grande de toutes, c'est l'intelligence qui nous permet de comprendre la source du désesp

jeudi 14 mai 2009

Hour Chea, Quatre ans avec les Khmers rouges*.

Le matin, il fait toujours assez frais. Allongé sur mon lit, j'entendais le son des cerfs-volants qui flottaient dans le ciel aux quatre coins de notre village.
Pourtant, la vue de cet édifice religieux éveillait en moi une sensation étrange de bien-être intérieur. Bouddhiste de naissance, je me sentis aussitôt replongé dans un monde plein de chaleur et de sérénité.

mercredi 13 mai 2009

Nathalie Sophana Lim, Nary, rescapée du génocide cambodgien*.


L'anxiété déstabilise mon esprit et me fait imaginer des choses terribles.
Des buffles au regard nostalgique, immobiles en bordure de route, nous observent paisiblement. Chez les khmers, on dit que leurs yeux remplis de larmes trahissent le regard plein de compassion du Bouddha envers la souffrance des êtres humains.
C'était avant tout un poète ; dans les heures oisives des après-midi chaudes, je le voyais plongé dans sa solitude d'artiste dont j'enviais la familiarité. De ses écrits, des volumes entiers dorment dans la poussière des casiers de son beau bureau.
Comme grand-mère, il est un immense fleuve de compassion, une montagne s'élevant au-dessus des soucis de ce monde.

mardi 12 mai 2009

Maurice Druon, Le lis et le lion***.

"On ne perd jamais rien à défendre son droit, même si l'on sait qu'il ne peut pas triompher..."
Les mauvaises âmes recèlent en elles-mêmes la suffisante semence de leur propre malheur.
C'est une erreur commune à tous les humains que de croire que leur prochain accorde à leur personne autant d'importance qu'ils lui en attachent eux-mêmes ; les autres, sauf s'ils ont un intérêt particulier à s'en souvenir, oublient vite ce qui nous est arrivé ; et si même ils n'ont pas oublié, leur souvenir ne revêt pas la gravité que nous imaginons.
C'est souvent à vingt ans qu'un homme formule les quelques principes qu'il mettra toute une vie à appliquer.
On dit que les hommes forts sont ceux qui savent reconnaître leurs torts.

vendredi 1 mai 2009

Maurice Druon, La louve de France***.

" ... De quelle aide, dans notre métier, nous sont les bavards, et comme les vantards nous offrent pour rien ce qu'ils pourraient nous vendre si cher !"
... car il avait appréhendé vraiment d'avoir à confesser, lui grand dignitaire, toutes les petites scories, les mauvais désirs, les vilaines actions, toute la lie qui tombe au fond de l'âme avec les jours et les ans.
... lorsqu'il était question qu'il mît le pied en France, des malaises anxieux l'étouffaient, il pâlissait, sentait fuir les battements de son coeur et devait s'allonger haletant, pour une heure.
Il était singulièrement robuste de corps et même d'esprit. D'autres à sa place eussent facilement perdu la raison : lui se contentait de gémir. Mais ses gémissements mêmes témoignaient de son bon sens.
Le saint n'est jamais aussi saint, ni le cruel jamais aussi complètement cruel que les autres le croient.
Il était contrôlé dans sa colère ...

mardi 21 avril 2009

Michael Herr, Putain de mort***.

Peut-être était-ce déjà foutu pour nous en Indochine quand le corps d'Alden Pyle s'est échoué sous le pont de Dakao ...
Il y avait un petit restaurant avec l'air conditionné au coin de Le Loi et du Tu Do, en face de l'hôtel Continental et de l'ancien Opéra qui abritait maintenant la Chambre basse du Parlement vietnamien. Certains d'entre nous l'appelaient le Milk Bar de Graham Greene (une scène d'Un Américain bien tranquille se passe dedans) mais c'était en fait Le Givral.
... j'ai senti soudain comme un éclair atroce, une terreur absolue. J'ai regardé les hommes et les choses tout autour pour en chercher la source si elle était réelle.

vendredi 27 mars 2009

Maurice Druon, La loi des mâles***.

"En vérité ce serait folie que de laisser fille monter au trône ! Voyez-vous dame ou donzelle commander les armées, impure chaque mois, grosse chaque année ? Et tenir tête aux vassaux, alors qu'elles ne sont point même capables de faire taire les chaleurs de leur nature ? Non, moi je ne vois point cela, et je rendrais tout aussitôt mon épée. Messeigneurs, je vous le dis, la France est trop noble royaume pour tomber en quenouille et être remis à femelle. Les lis ne filent pas !"
Il avait pu se procurer ce qui lui était le plus nécessaire au monde : des livres, de la chandelle et du papier.
A t-on jamais vu monarque élu par ses sujets ? Belle novelleté que vos Etats ! ... Je vous dis bien que si l'on commence ainsi, avant cinquante ans le peuple se passera de nous, et choisira pour roi quelque bourgeois, docteur de parlement ou même quelque chaircuitier enrichi dans le vol.
Pourquoi Dieu nous a-t-il faits mortels, puisque c'est la mort qui nous rend détestables, par la peur que nous en avons comme par l'usage que nous en faisons ?

dimanche 1 mars 2009

Jean-François Dufour, Le Bouddhisme*.


Ils en ont tiré le concept japonais de hishiryo, conscience parfaite de la réalité ...
Asanga (IVe s.) : Ce moine indien a estimé ... que l'illusion du monde extérieur était le fait d'une projection de notre conscience sur la réalité. Pour lui, la concentration doit rétablir l'accord entre la conscience et le monde extérieur.
"Si je voulais voir dans les résultats de ma philosophie la mesure de la vérité, je devrais mettre le bouddhisme au-dessus de toutes les religions." Arthur Schopenhauer (1788-1860).

dimanche 22 février 2009

Graham Greene, Un Américain bien tranquille.

... l'innocence est comme un lépreux muet qui a perdu sa sonnette et qui erre de par le monde, sans mauvaise intention.
- Je rentre, dis-je.
- Chez vous ? demanda Pietri en abattant un 421.
- Non. En Angleterre.
... l'appareil pointa en flèche sur un petit sampan flottant sur l'eau jaune. Le canon envoya un seul obus traçant et le sampan vola en miettes qui tombèrent en une averse d'étincelles; ...
- Nous allons faire un petit détour. Le coucher de soleil est merveilleux sur les "calcaires".
Je le laissai debout dans le square et remontai la rue Catinat jusqu'à l'endroit où une hideuse cathédrale rose barre le chemin.

Maurice Druon, Les poisons de la couronne***.

"Je puis bien vous avouer, poursuivit-elle, qu'à votre arrivée, je n'étais prête à vous servir que par devoir, mais certainement point par plaisir. Il faut que vous soyez très noble dame, et aussi bonne de coeur que vous êtes belle de visage, pour que je me sois sentie gagnée d'affection pour vous. Vous ne savez point comme vous êtes aimée des petites gens; il faut entendre parler de la reine, aux cuisines, aux écuries, aux buanderies ! ... ".
"Le mensonge et la calomnie, Robert, coulent comme salive de ta bouche, dit-elle. Prends garde de ne jamais te mordre la langue, tu pourrais en mourir ...".

dimanche 15 février 2009

Maurice Druon, La reine étranglée***.

"... jamais je n'ai vu homme au monde ramper avec une telle hauteur."

samedi 14 février 2009

Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, Tome I***.


Les arbres que j'y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l'ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protègeront mes vieux ans comme j'ai protégé leur jeunesse.
Aucun défaut ne me choque, excepté la moquerie et la suffisance que j'ai grand'peine à ne pas morguer; je trouve que les autres ont toujours sur moi une supériorité quelconque, et si je me sens par hasard un avantage, j'en suis tout embarrassé.
Notre vanité met trop d'importance au rôle que nous jouons dans le monde.
Ceux qui me traitent d'hypocrite et d'ambitieux me connaissent peu : je ne réussirai jamais dans le monde, précisément parce qu'il me manque une passion et un vice, l'ambition et l'hypocrisie.
La mort se rit de ceux qui l'appellent et qui la confondent avec le néant.
... la menace du plus fort me fait toujours passer du côté du plus faible...
... la vie, sans les maux qui la rendent grave, est un hochet d'enfant.
L'idée d'être quelque chose ne m'était jamais venue : je refusai net.