dimanche 30 août 2009

Claude B. Levenson, Tibet, otage de la Chine*.

... la litanie rituelle des "Om mani pémé hum" emplissait l'atmosphère d'une douceur entêtante, désarmorçant l'argumentation et apaisant le roulement des questions.
Chou Enlai, dont nul ne saurait mettre en doute l'habileté ni le flair politiques, disait un jour qu'il faudrait "de cinquante à cent ans pour convertir le Tibet au communisme".
"... Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, dangereusement parfois, est devenu trop interdépendant pour se permettre d'ignorer tel ou tel drame. Il est vrai que d'autres intérêts, essentiellement économiques plutôt que moraux ou éthiques, commandent souvent les attitudes des responsables des affaires du monde. Il convient cependant de voir que cette approche est à courte vue et qu'elle mène à des carastrophes..." (dalaï-lama)
"... Sans doute aucun gouvernement n'est parfait, mais la démocratie est ce qu'il y a de plus proche de la nature humaine..." (dalaï-lama)
"Il n'y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin", disait le sage.
... une partie de la planète s'étonne presque d'avoir franchi un seuil qu'elle se figurait magique tandis que la majorité des habitants de la terre continue de vivre selon d'autres rythmes calendaires.
Il règne dans cet oratoire officiellement désaffecté une atmosphère paisible, harmonie complice de sérénité et d'énergie comme en un essor vers un espace sans âge ni limite.

mardi 18 août 2009

André Gide, Voyage au Congo**.

Beauté des arbres, des enfants au torse nu, rieurs, au regard languide. Le ciel est bas. Extraordinaire quiétude et douceur de l'air. Tout ici semble promettre le bonheur, la volupté, l'oubli.
Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête.
Quels braves gens ! Comme on les conquerrait vite ! et quel art diabolique, quelle persévérance dans l'incompréhension, quelle politique de haine et de mauvais vouloir il a fallu pour obtenir de quoi justifier les brutalités, les exactions et les sévices.
Auprès de ces noirs, combien de blancs ont l'air de goujats.
Le sultan, cet être arrogant et sans souriui sans doute nous a jugés peu importants, d'après notre familiarité envers les inférieurs, ne daigne point paraître.
Tout proche de la défaillance le corps peut goûter presque suavement l'être. Oasis parfois ravissantes entre deux reprises d'angoisse.
On ne trouve rien dans le sang de Marc;n plus que dans le mien. Un peu confus de ne pas être plus malades...
Il est à peu près impossible, à celui qui ne parle point la langue et ne fait guère que passer, de pénétrer bien avant dans la psychologie d'un peuple...
Ces deux tristes produits de la ville (Yaoundé), voleurs, menteurs, hypocrites, justifieraient l'iiritation de certains colons contre les noirs. Mais précisément ce ne sont pas des produits naturels du pays. C'est au contact de notre civilisation qu'ils se sont gâtés.
Quel hôtel ! Le plus rébarbatif des gîtes d'étape est préférable. Et quels blancs ! Laideur, bêtise, vulgarité... Pour moi qui crains sans cesse de déranger autrui, la prière d'autrui, tant de sans-gêne me consterne d'abord, puis m'indigne. Mais je me dis bientôt que, si ces gens nous dérangent, c'est sans le savoir, car eux-mêmes ne méditant pas, ne lisant pas, ne priant pas, et dormant d'un sommeil de brute, ne sont jamais dérangés par rien. Je voudrais écrire un Eloge de la délicatesse.

lundi 10 août 2009

Claude B. Levenson, L'an prochain à Lhassa*.

Les deux jeunes gens avaient en commun d'être nés un mercredi et d'avoir été immédiatement placés sous le signe d'une longue vie.
Tashi Gyaltsen était cependant de cette espèce d'hommes sur lesquels se brise l'adversité, et qui durent.
Une douzaine d'années sont passées, soit un cycle de vie selon la tradition tibétaine.
... au nom de quoi l'armée populaire s'était-elle arrogé le droit de libérer le Tibet, de qui et de quoi ?
Un choix d'homme libre, en accord avec sa conscience et sa responsabilité personnelle. Pour les uns, il aura failli à son paysne. Pour les autres, il aura su voir au-delà des apparences, et agir conformément à une exigence éthique intérieure plus contraignante encore.
"Notre vie au Tibet s'écoulait sans hâte et sans l'étrange force qui, ici, pousse les gens de telle manière qu'ils ont toujours l'air de faire une chose alors qu'ils voudraient en faire une autre, de même que s'ils étaient menés comme des animaux. Au Tibet, je me sentais plus libre, plus vivant, et, si la vie pouvait être dure, il était plus aisé de la vivre."
De fait, il faut chercher, examiner, approfondir, expérimenter et ensuite décider : on est libre de choisir. Pour ma part, en tant que bouddhiste, je dois vérifier et valider, accepter ou non. Mêmes les paroles du Bouddha sont à passer au crible du doute et de l'examen.
Ensemble, l'intelligence et la compassion sont constructives, l'intelligence sans compassion peut devenir désastreuse.