dimanche 25 octobre 2009

Steve Toltz, Une partie du tout.

Je n'avais pas réalisé que les gens ne pensent pas, ils répètent. Ils n'analysent pas, ils régurgitent. Ils ne digèrent pas, ils copient. A l'époque, je ne comprenais que très vaguement que choisir entre diverses options n'a rien à voir avec le fait de réfléchir par soi-même. La seule véritable façon de réfléchir par soi-même, c'est de créer des options qui t'appartiennent, des options qui n'existaient pas jusque-là.
... il me semblait que la philosophie consistait en discussions mesquines à propos de choses impossibles à savoir... de Platon jusqu'à nos jours, la plupart des philosophes sapaient leurs propres théories, parce que presque personne ne semblait vouloir commencer à partir de rien ou endurer l'incertitude.
... si l'homme seul est souvent stupide, en groupe c'est un débile profond.
Imaginez un immortel. Révoltant de penser qu'il pourrait dire les mêmes conneries au cours des siècles. Penser que l'immortel le jour de son 700 522e anniversaire continue à toucher son assiette alors qu'on lui a dit qu'elle était brûlante.
C'est très bien quitter la France quand les tanks allemands font leur entrée mais par temps de paix pourquoi prendre cette peine ?
Une vie vécue seul affaiblit le sustème immunitaire de l'esprit, et votre cerveau prête le flanc à une attaque d'idées farfelues.
Sincèrement, malgré tout le bruit que fait un père pour exiger respect et obéissance, je ne crois pas qu'il en existe au monde un seul qui ne désire pas simplement une chose au fond de son coeur : que son fils l'aime.
J'ai gardé la moindre goutte de mon réservoir de fureur pour ma haine des journalistes, ces chiens de garde de la moralité, en chaleur, aussi bidons que satisfaits d'eux-mêmes.
Je suis resté seul, avec le silence qui disait tout ce qu'il dit toujours.
Ii y a beaucoup à dire sur le pouvoir de l'obstination. es gens demeurent souvent en vie par la seule force de la volonté; les infirmes marchent et les morts bandent.
... le véritable fruit de la méditation n'était pas la paix intérieure mais l'amour.
"Celui qui ne s'est pas libéré des liens du sang et du sol n'est pas encore complètement né en tant qu'être humain; sa capacité à aimer et à raisonner est inhibée ..." Fromm.
... l'amour du pays qui ne fait pas partie de l'amour pour l'humanité n'est pas de l'amour, mais de l'idolâtrie.
Bien-sûr, ce n'était qu'un homme d'affaires, avec le même amour du profit et la même indifférence aux souffrances humaines que ses homologues occidentaux.
On appartient à une chose immense : le tout de l'humanité. C'est énorme. Mais on est incapable de le voir, alors on choisit ... Quoi ? Une organisation ? une culture ? une religion ? Qui n'est pas plus grande que nous. Mais beaucoup, beaucoup plus petite !

jeudi 8 octobre 2009

Michel Dintrich, Un musicien chez les coupeurs de têtes***.

A Ujungpandang, contact brutal avec le tourisme : un contingent d'une vingtaine de Français monte bruyamment à bord.
... à une époque où la planète n'avait pas encore été photographiée par satellite sous toutes les coutures. Epoque où il restait encore un ailleurs pour satisfaire notre insatiable besoin d'évasion ...
... la conviction définitive que le mode de développement imposé au monde par la civilisation occidentale, avec sa morale de l'accumulation et du travail, était catastrophique pour tous les aspects de la vie.
... ceux-ci, pendant des millénaires, se sont fort bien passé de la conception du bonheur que les Occidentaux, ou les Indonésiens occidentalisés et acculturés par le christianisme et l'islam, ont eu l'incroyable prétention de leur imposer.

samedi 3 octobre 2009

Jacques Chessex, Un Juif pour l'exemple*.

A cet instant une phrase de Jankélévitch me revient à la mémoire : "La responsabilité inouïe qui est la nôtre, d'avoir une âme qui nous survit dans l'éternité."

Romain Gary, Les mangeurs d'étoiles.

L'homme ne faisait pas partie du règne animal, et il n'avait à se faire aucune illusion là-dessus.
Il fallait une bonne dose de naïveté pour imaginer que les massacres, la cruauté et le "pouvoir" pouvaient vous mener quelque part.
... le pouvoir leur glissait entre les mains, simplement parce qu'ils commençaient à mollir et à essayer de se racheter, de faire du "bien".
Le monde était une saloperie de pute qui aimait les coups et se donnait au plus fort.
... elle y étudia notamment le marxisme, qui était présenté avec clarté remarquable en deux lignes.
... il s'était élevé au-dessus de toute cette agitation parfaitement méprisable et, du haut de sa sérénité et du niveau de conscience, de culture et de lucidité qu'il avait atteint, il refusait de s'intéresser à e qui se passait en bas sur la terre et attendait, sans trop d'espoir, que l'Evolution vînt le rejoindre sur les hauts sommets.
Les Simbas mangeaient leurs prisonniers blancs et noirs après les avoir torturés. Les Allemands les transformaient en savon. La différence entre les Simbas et les Allemands civilisés était tout entière dans ce savon. Ce besoin de propreté, c'est la culture.
Il avait vu les paysans crever de faim ainsi, en riant, le ventre bourré d'"étoiles".
Le monde était un endroit sans une ombre de mystère, comme cette place inondée de lumière et qui n'avait rien à cacher, et le vieux et tenace soupçon, l'atroce certitude que les hommes étaient seuls et maîtres de leur destin l'emplissait d'une détresse totale et donnait à ses larmes une sincérité qu'il pouvait à peine supporter.