vendredi 30 mai 2008

Ryszard Kapuscinski, Ebène***.

... l’homme blanc est comme une pièce rapportée, bizarre et discordante. Pâle, faible, la chemise trempée de sueur, les cheveux collés, sans cesse tourmenté par la soif, par un sentiment d’impuissance, par le spleen. Il a constamment peur : des moustiques, des amibes, des scorpions, des serpents. Tout ce qui bouge l’effraie, le terrorise, le panique.
Entre l’homme et le temps existe un conflit insoluble qui se termine toujours par la défaite de l’homme : le temps détruit l’homme.
...l’essence de l’Afrique est son infinie diversité.
D’une part, l’expérience m’a appris que, de loin, les situations de crise semblent souvent pires et plus dangereuses qu’elles ne le sont en réalité. Notre imagination s’empare de la moindre sensation, absorbe le moindre signal de danger ou la moindre odeur de poudre pour amplifier aussitôt ces indices à une échelle monstrueuse et pétrifiante.
Je serai en sécurité tant que je me laisserai cambrioler sans chercher à faire punir le coupable.
La culture africaine est une culture de l’échange. Si on me donne quelque chose, je dois le rendre.
« Le désert t’apprendra une chose, m’a dit à Niamey un marchand du Sahara : qu’il existe une chose que l’on peut désirer et aimer plus qu’une femme, l’eau. »
Chaque langue européenne est riche, mais sa richesse est au service de la description de sa propre culture, elle est là pour représenter son propre monde. Quand elle veut aborder le terrain d’une autre culture et la décrire, elle dévoile ses limites, son immaturité, son désarroi sémantique.


Décédé en janvier 2007 : Gazeta Wyborcza rend hommage au plus grand journaliste polonais. Infatigable voyageur et reporter, par sa curiosité du monde Kapuscinski a donné un sens profond à la profession de journaliste.

Christopher Koch, Les rizières rouges***.

La révolution ne naît jamais du peuple, mais d’intellectuels obsessionnels et ivres de pouvoir qui le méprisent…De tels êtres prennent immédiatement des mesures pour limiter les libertés.
…ce sont des géants aux allures grossières, étrangères, des Blancs, des Noirs, harcelés et poursuivis par une engeance de gnomes raffinés à la peau d’ivoire…
Pendant un conflit, tout est important…Chaque petit détail devient clair, comme si tu le découvrais pour la première fois, comme un môme…Tu es proche de ceux qui t’entourent, tu entretiens des liens privilégiés : tu vois le meilleur en chacun.
Trevor instille en toute chose une sincérité passionnée : ses opinions, ses plaisirs, ses histoires d’amour.
…le prince Sihanouk n’est qu’un bouffon, toujours absorbé par ses films, son orchestre de jazz et ses plaisirs…un homme cruel, comme tous les égocentriques, il a beaucoup de sang sur les mains.

Robert Musil, Les désarrois de l'élève Törless*.

S’il lisait, ce n’était point pour méditer sur des opinions et des controverses : il voulait que le livre, à peine ouvert, fût une porte dérobée par où il eût accès à une science supérieure. Il voulait des livres dont la seule possession fût comme le sceau d’une ordination et la garantie de révélations surnaturelles. Cela, il ne pouvait le trouver que dans les œuvres de la philosophie hindoue, qui semblaient vraiment n’être pas pour lui des livres, mais des apocalypses, quelque chose de réel, des œuvres à clef, comme les livres d’alchimie et de magie du Moyen Age.
Le développement de toute énergie morale un peu subtile commence toujours par affaiblir l’âme dont il sera peut – être un jour l’expérience la plus hardie, comme si ses racines devaient d’abord descendre à tâtons, et bouleverser le sol qu’elles sont destinées à mieux fixer plus tard : ce qui explique que les jeunes gens de grand avenir aient un passé tissé d’humiliations.
Car pour celui qui réussit intégralement à voir son âme , la vie du corps, purement contingente, se dissoud ; et les Livres disent que celui – là accède immédiatement à un royaume spirituel supérieur.
Chacun sait que tout a son explication simple et naturelle…
…tout ce qui, vu de loin, nous semble si vaste et si énigmatique, finit toujours par nous paraître absolument simple, par retrouver un équilibre et des proportions normales, banales même.

Jean – Marie Muller, Gandhi l'insurgé*.

...la violence était radicalement contraire à la vocation humaine de l'homme...
Dieu est la vérité inscrite au plus profond de l'être humain.
" la vérité est Dieu"... la vérité ne se fait pas connaître à l'homme par une révélation extérieure, mais par une exigence intérieure qui s'exprime par la " petite voix tranquille " de sa conscience, c'est – à – dire par sa raison.
... " fermement persuadé qu'il n'y a d'autre religion que la vérité".
" Jouis des choses de la terre en y renonçant " est le précepte suprême... Absolument rien dans ce monde ne nous appartient.
Et lorsqu'un homme ou une femme est arrivé à la conviction profonde qu'un fait ou une action est associé au principe du mal, c'est un devoir sacré pour cet homme ou cette femme de se dissocier d'avec cette action.
" " Si on pouvait peser la civilisation de l' Occident, on trouverait qu'elle est légère.
... c'était le style concis, sans fioritures, caractéristique des seuls esprits qui savent discerner l'essence ultime.

Kiyohiro Miura, Je veux devenir moine zen*.

"Regarder ce qui est à ses pieds est l’essence du zen"
Dans le monde actuel, on ne rencontre que des médiocres, enfin, des gens qui ne sont pas accomplis.
Ils ( les intellectuels ) sont tous à pinailler sur des détails, ils n’ont pas pour deux sous d’envergure ! En ne faisant que réfléchir, on n’avance pas d’un pas.

Mian Mian, Les bonbons chinois.

…la vie n’est qu’un pont, une transition, tout devait avec le temps devenir de plus en plus clair, précieux et lumineux.
…Il n’y a que les choses simples qui donnent l’impression d’être libre.

jeudi 29 mai 2008

Nicholas Griffin, Vent de Flibuste**.

Il m’amuserait d’avoir votre parole, dit Roberts.
- Il m’amuserait de vous la donner, répondit Davis.
- Monsieur Williams, auriez – vous assassiné un babouin pour lui voler son faciès ?
En un sens, je trouve rassurant d’être méprisé sans raison. Ce sentiment ne peut être issu que de la jalousie ou d’un défaut de compréhension.
Il n’y avait pas d’uniforme dans la marine – simplement la conviction bien ancrée que, lorsque la situation l’exigeait, un équipage devait se draper de respectabilité.
…vous avez là un homme qui pense…Pas la flamme qui met le feu au baril de poudre, mais le baril lui – même.

Jean Bertolino, Chaman.

En bonne agnostique, Claire le regardait s’animer quand il en parlait tout en regrettant au fond d’elle – même qu’un si beau cerveau puisse à ce point se perdre dans l’irrationnel.
Ce n’est pas le cas des laotiens de la plaine. Le Mékong les a amollis. Le riz pousse trop facilement sur ses rives.
Rendre les gens lucides, n’était – ce pas le pire des crimes ?

mardi 27 mai 2008

Pascal Khoo Thwe, From The Land Of Green Ghosts*.

...the words of the King of Brobdingnag on mankind in Gulliver's Travels : ' the most pernicious race of little odious vermin that Nature ever suffered to crawl upon the surface of the earth'.
Always I came home drunk and comatose, with my stomach protruding like a balloon. My father would carry me home on his shoulder: ' Now I carry you home when you are drunk. But when you grow up you will have to carry me home when I am a drunken old man.' He laughed as he said that, but he told me seriously never to fall in love with rice – whisky. I never did, because – fortunately – it always gave me a terrible hangover.
' There is a long queue between heaven and hell. We are not all allowed to meet Him just as soon as we like. Sometimes you have to reincarnate before you are allowed to meet Him.' A flash of his old political bitterness came back : ' I hope the queue is not as long as for the Socialist shops.'
The idea of permanent happiness was to her impossible. The joy of life was to have the courage and intelligence to overcome the fears and obstacles of life, and to live absolutely in the present – which was the only way of enjoying it.
... it was strange to us that a don from a university as famous as Cambridge could seem unsure what he thought and not be afraid to say so to simple students.
The cult of exercise and athletics struck me as an extension of the competitiveness that I found all around me. It seemed that in the West – and especially in a super – competitive place like Cambridge – you had constantly to be making and remaking yourself; you could not simply be.

Herman Melville, La vareuse blanche*.

Moi, je suis un bon chrétien, tu comprends, et j’aime beaucoup trop mon ennemi pour lui fausser compagnie.
L’habitude du danger rend un homme brave plus brave encore, mais moins téméraire.
Le véritable héroïsme ne vient pas de la main, mais du cœur et de la tête.
La tristesse est une volupté pour qui sait découvrir une retraite secrète afin de s’en délecter à l’abri des curieux indiscrets.
Le courage est la vertu la plus banale et la plus vulgaire ; la seule que nous ayons en communauté avec les animaux sauvages…
…un courage animal excessif, en bien des cas, ne peut trouver sa place que chez un sujet dépourvu de sentiments plus élevés.
…mon savoir mûrisse et se transforme tout doucement en sagesse.

lundi 26 mai 2008

John Kennedy Toole, La conjuration des imbéciles.

... décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal. C'est un truisme de l'humaine nature que de dire que les gens apprennent à haïr ceux qui leur viennent en aide.

Graham Greene, The End Of The Affair.

I had the security of possessing nothing.
Is it possible to fall in love over a dish of onions ? It seems improbable and yet I could swear it was just then that I fell in love.
" You needn’t be scared. Love doesn’t end. Just because we don’t see each other…" "…People go on loving God, don’t they, all their lives without seeing Him ? ".
I have wondered sometimes whether eternity might not after all exist as the endless prolongation of the moment of death…the moment of absolute trust and absolute pleasure, the moment when it was impossible to quarrel because it was impossible to think.
I’ve caught belief like a disease.

Jack Finney, Le voyage de Simon Morley*.

J’ai toujours été attiré par les vieilles photographies, sans bien m’expliquer cette fascination... En songeant que tout cela a jadis existé... On aurait pu faire irruption au milieu de la scène, toucher ces gens, leur adresser la parole.
Il se trouve que pendant mon service militaire j’ai appris à améliorer ma vision nocturne : il ne faut jamais fixer directement ce qu’on cherche à repérer, mais plutôt un objet proche... Or, dans certains cas, c’est aussi comme çela que l’esprit fonctionne ; parfois, lorsqu’on a un problème, il faut savoir l’oublier, ne pas se torturer pour en trouver la solution.
Cette nouvelle race d’hommes qui a entièrement pollué notre environnement et peut, si elle le veut, rayer l’humanité de la carte... d’où tient-elle le pouvoir divin de disposer de nos vies, de notre avenir ?

Hervé Bazin, Vipère au poing***.

Plus d’esprit que d’intelligence. Plus de finesse que de profondeur. Grandes lectures et courtes réflexions. Beaucoup de connaissances, peu d’idées.
…le type des hommes qui ne sont jamais eux – mêmes mais ce qu’on leur suggère d’être, qui changent à vue de personnage dès que le décor tourne…
Très occupé de moi – même. Egalement très occupé des autres, mais dans la limite où ceux – ci ont le bon esprit de me tenir pour un des éléments importants de leur propre vie.
Les enfants ne réfléchissent que comme les miroirs : il leur faut le tain du respect.
Ce n’est pas le nombre des vivants, c’est leur autorité qui meuble une maison.

dimanche 25 mai 2008

Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres***.

...la force n’est qu’un accident résultant de la faiblesse des autres.
Il ne créait rien, il n’était capable que de gérer le train – train…
Dans tout mensonge il y a un goût de cendre, une saveur de mortalité…
J’aurais aussi bien pu commander à un arbre de ne pas se balancer dans le vent.
Le lustre du regard interrogateur s’effaça rapidement pour laisser la place à une vacuité de verre.
…je fus d’abord seulement hébété par une épouvante vide de sens, une vraie terreur abstraite, qui ne se reliait à aucune forme distincte de danger physique…comme si une chose monstrueuse, intolérable pour la pensée, odieuse pour l’âme, s’était abattue sur moi d’une manière inattendue. Cela ne dura évidemment qu’une fraction de seconde…
On parle avec enthousiasme ou indignation ; on parle d’oppression, de cruauté, de crime, de dévotion, de sacrifice, de courage ; mais au – delà de ces mots, nul ne perçoit rien de concret.
L’homme peut tout détruire en lui : amour, haine, croyances, et même le doute ; mais aussi longtemps qu’il s’accroche à la vie il est incapable de détruire la peur…
La violence des émotions qu’il avait subies lui donnait un sentiment d’épuisement et de sérénité.
G. K Chesterton, affirmant qu’on a tort de rire quand on voit un homme tomber dans la rue, car c’est à la chute de l’homme qu’on assiste. La chute de l’homme est le drame métaphysique eternel.

Ella Maillart, La voie cruelle.

...elle avait eu la révélation de son peu d'importance. Depuis lors, il lui était impossible de dramatiser ses difficultés.

Amélie Nothomb, stupeur et tremblements*.

Tu commandes, ce n'est pas grand – chose. Moi, je règne. La puissance ne m'intéresse pas. Régner, c'est tellement plus beau.
... ta beauté ne t'apportera rien d'autre que la terreur de la perdre.
... le mot d'André Maurois : " Ne dites pas trop de mal de vous – même : on vous croirait. "

Daniel Prévost, Coco belles-nattes.

Coupon avait bien compris qui j’étais : un pur.
Il faut insister sur le fait que c’est exaspérant d’attendre la mort des autres quand ceux-ci la ratent, pour des raisons plus ou moins louables, je ne dis pas, mais enfin, c’est exaspérant ! Personnellement, je trouve que cela procède d’un cabotinage déplacé. On ne joue pas avec la mort ; ou on meurt ou on ne meurt pas ! C’est pas un jouet, la mort...
Surtout qu’on grandissait et que tous les sujets nous intéressaient : Dieu surtout ! C’était la grande question. Samuel me dit, prudent au sujet de cet individu :
« Il vaut mieux croire, on ne sait jamais ! »...

Jean – Christophe Rufin, Les causes perdues.

Si tu es habile de tes mains, tu seras esclave ; si tu es habile de la langue, tu seras roi ( proverbe éthiopien ).
Il fut un temps où une silhouette pouvait emporter avec elle tout un terroir. Trois Bretonnes suffisaient…à évoquer…les côtes brodées de granit…la séparation des êtres d’avec leur paysage s’est faite peu à peu… là – bas ( en Europe ) elle est aujourd’hui complète.
Regret de ce pays ( France ) peuplé de vieillards et qui a pris leur amertume, ce pays où les chiens ont remplacé les enfants, où tout est interdit, réglementé, où rien de neuf ne paraît possible.

Marc Trillard, Si j'avais quatre dromadaires.

Souvent, je me demande aussi pourquoi je ne me consacre pas exclusivement au récit de voyage, à raconter ce que je vois et entends sur les routes, tant il m'apparaît évident que ce qu'on y rencontre c'est la matière même de la vie : tout ce qu'on essaie, avec cette farouche et burlesque énergie, de mettre dans les romans.
" En France, nous nous croyons libres mais en réalité tous nos actes sont contrôlés..."
Même si j'ai depuis toujours cette habitude de m'égarer avec une déconcertante ( délibérée ? ) facilité, j'aime savoir où je me perds.
... l'architecte a fait représenter sur les murs les symboles, les figures et les noms des grandes religions ou courants de pensée que l'homme s'est inventé depuis six ou sept millénaires : Ashtaroth, Quetzacoatl, Osiris, Asshur, Orpheus, Shinto, Confucius, Jésus – Christ, Mithra, Gautama Bouddha... Avec, au-dessus de cette théorie sacrée, cette inscription lapidaire : " Il n'y a pas de plus grande religion que la vérité. "
Sans doute aurais-je dû me transporter en brousse...où l'on doit, là-bas aussi, regarder Michel Drucker et Julien Le Pers dans leurs insoutenables mignardises via TV5.

Bernard-Henri Lévy, American Vertigo*.


L’Amérique est une idée qui libère.

Jean – Marie Déguignet, Mémoires d'un paysan bas-breton***.

Car pour les vieux Bretons le mot Paris veut dire simplement : pareil à Ys, la syllable par signifiant exactement pareil.
… un malheureux qui a du savoir est doublement malheureux, à moins qu’il ne soit un grand philosophe.
J’ai souvent entendu dire du mal de ces Anglais, cependant je n’ai jamais trouvé nulle part de meilleurs gens.
… la gloire d’un homme a toujours été mesurée par la qualité de sang qu’il a versée. Les conquêtes pacifiques ne procurent aucune gloire.
… l’accent arabe est le même que l’accent breton et que tous les mots de cette langue ont les mêmes terminaisons que les mots bretons.
En breton il y a un proverbe qui dit : « Daou, tri sort amzer n’eus in den neket hanet neil ous i ben. L’homme passe par deux ou trois sortes de temps qui ne se ressemblent pas. »
… cette figure de rhétorique appelée prétérition, par laquelle on dit tout le contraire de ce qu’on pense.

Daniel Defoe, Robinson Crusoe*.

Thus we never see the true state of our condition till it is illustrated to us by its contraries ; nor know how to value what we enjoy, but by the want of it.
Today we love what tomorrow we hate; today we seek what tomorrow we shun; today we desire what tomorrow we fear;…
… I had played the part of those fools who strive to make stories of spectres and apparitions, and then are frighted at them more than anybody.
Thus fear of danger is ten thousand times more terrifying than danger itself, when apparent to the eyes; and we find the burden of anxiety greater, by much, than the evil which we are anxious about…

Nguyên Huy Thiêp, Conte d'amour un soir de pluie.

« …ce cri est un langage ? Le plus primitif et le plus pur qui soit ? Il est plus doux qu’une berceuse , plus émouvant qu’un poème, plus harmonieux que la musique la plus élaborée. C’est le cri originel, celui que poussa l’homme des cavernes. »

Jean Hatzfeld, Dans le nu de la vie / Une saison de machettes***.



... même quand la situation semblait tranquille, nos deux yeux ne dormaient jamais ensemble.
Ces gens bien lettrés étaient calmes, et ils ont rebroussé leurs manches pour tenir fermement une machette. Alors, pour celui qui, comme moi, a enseigné les Humanités sa vie durant, ces criminels – là sont un terrible mystère.
" Les pleurs d'un homme coulent dans son ventre."
On enveloppait nos craintes de feuilles de silence.
D'une certaine façon, l'ethnicité c'est comme le sida, moins tu oses en parler, plus elle cause de ravages.
Mais je me félicite quand même d'être tutsie, car sinon je serais hutue.
Quelquefois, on a peur au déclenchement d'une situation, mais au milieu on avance en une sorte d'anesthésie.

Rose Tremain, L'été de Valentina.

J'avais toujours su que ces millions de personnes existaient, quelque part. Mais je n'avais encore jamais été l'une d'elles.

Jean – Paul Kauffmann, La chambre noire de Longwood*.

... un signe de la grande raillerie universelle, le comique que comporte toute tragédie.
Le bordeaux est un vin très tannique. D'où cette dureté quand il est jeune. C'est pourquoi on le faisait voyager en bateau afin qu'il s'assouplisse.
Le vin n'est-il pas la seule matière vivante qui a su résoudre l'irréparable du temps ? Il ne devient délectable qu'en vieillissant.
" Ce qu'il y a de plus humain dans l'homme, c'est son chien", affirmait un humoriste anglais.
" L'humour est un façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire."
... caractériser Dieu. " Un regard infini dans un oeil éternel "
J'ai surtout quitté la France, ce vieux monde confit dans l'arthrose de son bien – être.
- Nous sommes à la recherche de ce qui pourra nous rendre plus sages et meilleurs. Sinon, quelle farce, la vie
Il vous faut à tout prix heurter le bon sens. Votre passion pour le paradoxe... C'est votre manière à vous, Français, de vous croire intelligents.

Ernst Jünger, Le boqueteau 125*.

L’extrême proximité du danger s’exprime selon le tempérament de chacun : on voit le flegmatique tassé sur lui – même, le regard fixe ; le sanguin prêt à céder à la panique ou à la provoquer lui – même à chaque instant ; on entend le colérique jurer à chaque nouvel impact et le mélancolique se lamenter sur son sort.

Xavier Hanotte, Derrière la colline.

…mes angoisses de petit garcon trop raisonneur et scrupuleux.
Tous, nous connaissions ces moments de lucidité aiguë où soudain la réalité tombait le masque, où la complète disparition de l’avenir au profit d’un présent chichement compté nous dévoilait le vide vertigineux d’une existence précaire jusqu’à l’insupportable.
…je vivais pleinement mon écriture dans une sorte de transe froide, inconnue jusqu’alors. Réalité, fiction, poésie, ces termes avaient soudain perdu leur sens habituel.
…j’entrais dans l’immense confrérie des vaincus philosophiques, qui tôt ou tard cessaient de lutter et acceptaient leur sort.
…il était doux de ne plus raisonner, de lâcher prise, de sentir son corps peser un poids juste, que n’alourdissait plus aucun fardeau physique ni spirituel.

samedi 24 mai 2008

Dieter Forte, Le garçon aux semelles de sang.

Gustav ne voulait pas non plus que l’on exhibe trop de "sens commun" , notion toujours suspecte, qui consistait la plupart du temps en proverbes comme « le monde appartient à ceux … et autres pures bêtises…
…il n’était pas partisan d’une éducation tranquille, sans incidents, bourgeoise, avec laquelle on n’avait que des difficultés en avançant dans la vie parce qu’elle engendrait des illusions, tandis qu’au contraire une enfance dans le chaos d’une guerre…donnaient des hommes au caractère solide, sans illusions et libres.
…il sentait que ce qu’il voyait arriverait toujours en ce monde, mais qu’il y aurait toujours aussi de la musique et des tableaux et des livres…

Amin Maalouf, Le périple de Baldassare.

L'ennui, c'est que je suis oublieux de nature, et débonnaire, toujours tenté de pardonner. J'ai dû faire un effort toute cette journée pour ne pas me départir de mon attitude. Il me faut tenir encore un jour ou deux, dussé – je en souffrir plus que ceux que je cherche à punir.
...il n'y a pas d'autre imam que la raison. Elle seule nous guide de jour comme de nuit.
"... Car parmi les ingrédients qui composent la vraie sagesse, on oublie trop souvent la lampée de folie."
" Un bon capitaine transforme l'Atlantique en Méditerranée; un mauvais capitaine transforme la Méditerranée en Atlantique."

William Owens, Les mutinés de l'Amistad*.

La guerre, la pauvreté, l'ignorance et la maladie se moquent des races et des nationalités, et c'est dans la grande coalition humaine pour les vaincre que nous découvrirons notre humanité commune.
C'est un homme de parti, et comment un homme de parti pourrait – il être libre ?

Herbjoerg Wassmo, La véranda aveugle / La chambre silencieuse*.

Pour qui survit, il y a toujours un lendemain. Et, pour qui ose se regarder en face, il y a toujours un visage.
Ainsi ne pouvait-on voir mourir quelqu'un sans se débarrasser de tout le mal qu'il vous avait fait ? Alors, autant qu'il ne fût pas mort !
En écrivant, elle se sentait si légère, prête à s'envoler. La vie devenait facile.

Vassilis Alexakis, Les mots étrangers.

L'Afrique m'enchantait pourtant. Elle substituait au monde étriqué que je connaissais un espace libre où tout restait à inventer, où tout était encore possible.
Mon père n'est devenu attentif à son égard que lorsqu'elle a été hospitalisée. Durant cette longue période, il lui a témoigné une affection sans faille. Les rares moments où ma mère reprenait ses esprits, elle le regardait elle aussi avec beaucoup de douceur. Je suppose qu'ils s'étaient aimés dans leur jeunesse. Ils se sont à nouveau aimés avant de se séparer définitivement.
Quand j'apprenais le français, j'écrivais dans un cahier tout ce que j'entendais dans les cafés, dans le métro, et même chez les gens qui m'invitaient à dîner, comme un reporter, ou une secrétaire. L'écriture permet d'établir un contact physique avec la langue, de la toucher.
J'ai toujours eu besoin d'une feuille de papier et d'un crayon pour me rendre compte des choses.

Robert Antelme, L'espèce humaine*.

La mort est fatale, acceptée, mais chacun agit en dépit d’elle.
…l’homme le plus achevé, le plus sûr de ses pouvoirs, des ressources de sa conscience et de la portée de ses actes, le plus fort.
Le mort est plus fort que le SS. Le SS ne peut pas poursuivre le copain dans la mort.
…un gangster…Un « homme » , comme il disait ; … un type qui se foutait de la loi des autres.

Evelyn Waugh, Hiver africain.

La critique n'est positive que dans la mesure où elle montre aux gens qu'ils sont en désaccord avec leurs propres principes.
... des " gentlemen " en ce sens qu'ils accordent une grande valeur aux loisirs ( ce qui, à mon avis, est la seule acception valable du mot " gentleman " ).
... la politique qui, par essence, n'est pas une science exacte, mais un ensemble de procédés empiriques, de moyens de fortune et d'expédients permettant de se tirer d'affaire.

Michael Willis, Le Tibet.

"...cette religion est fondée sur la conviction inébranlable que les dieux appartiennent au monde des phénomènes et qu'ils sont donc, comme toutes choses, sujets au changement, à la mort et à la réincarnation. A l'inverse, la vérité suprême est immortelle, immuable, absolue et éternelle... L'essence de la vérité suprême est la " conscience pure ", présente au coeur de chaque individu. "

Jean Vallier, C'était Marguerite Duras, Tome I, 1914-1945***.

"L’Indochine que j’aime", mentionnée précédemment. "Il y a de belles couleurs, tu sais, là-bas, petit journal ! Du vert qui brille comme l’argent sous les rayons dorés. Des fleurs, beaucoup, et de beaux corps dorés. [...] On rit beaucoup là-bas, tu sais, tout le monde rit de tout. Ils ont du soleil dans le coeur sur les lèvres et sur les dents." Suit cette remarque révélatrice : "Cela leur suffit à eux."
" Si j’avais fait des études littéraires, Sorbonne et compagnie, ou Normale Sup., plaisantait-elle en 1980, je ne serai jamais devenue un écrivain. Je serais devenue une confiture d’écrivain, un professeur écrivain (comme Simone de Beauvoir ?), un écrivain confit, un « brodo », à regarder la société... ."
" C’était la bonté dans son expression la plus absolue." ( Duras au sujet d’Antelme )
" C’est l’homme que j’ai connu qui a le plus agi sur les gens qu’il a vus, qu’il a connus..."
" ... frappé comme chacun, je crois, de ses amis, par son extrême douceur, par sa capacité de réflexion, par une très grande disponibilité intellectuelle et affective..." ( Mitterrand au sujet d’Antelme )

Abhimanyu Unnuth, Sueurs de sang*.

Kissan était terrorisé, sa nature émotive avait été profondément ébranlée…et un rien le rendait nerveux. Pourtant, il n’avait pas hésité à se jeter dans la tourmente…
Quand tu laves le linge, est – ce que tu déchires l’eau ? Peux – tu la fendre au couteau ? Non, eh bien ! L’égalité dont tu parles est tout aussi impossible.

Hitonari Tsuji, Le Bouddha blanc*.

- Métempsycose ?... ça veut dire que quand un homme meurt, son âme, elle, ne meurt pas, elle emprunte simplement un nouveau corps…
Son cœur n’était plus agité par la violence de la passion. Il était enveloppé de sérénité, de douceur. Il se demanda si c’était dû à la tendresse de cette femme près de lui…Etait-ce cela, l’amour ?

Duong Thu Huong, Histoire d'amour racontée avant l'aube.

…la cohérence dans les actes et une franchise qui, pour être un peu simpliste, n’en constituait pas moins le plus court chemin qui mène à la vérité.
Ce type est aussi net qu’un trait de pinceau à l’encre de Chine.
Le bonheur est aussi hasardeux qu’une partie de dés. Quand on attend avec ferveur que sorte le six, il se dérobe. Et alors qu’on n’espère plus, le voici qui s’immobilise sous vos yeux, exhibant sur la surface lisse de l’ivoire six points d’un rouge vif.

Ted Stanger, Sacrés Français le roman !

…la télévision, publique ou privée, ne fait que remplir son rôle de courroie de transmission de l’Etat jacobin.
Le Monde, un journal ascétique, aseptisé même, présente sa version des événements avec toute la componction d’un maître d’école, le sérieux d’un janséniste au sourire pincé, et l’enthousiasme d’une vieille fille de Limoges.
…la télévision…se contente de jouer les porte – parole.
… la presse… se cantonne aux déclarations officielles, sans se donner la peine d’enquêter.
La France… est le berceau de la bureaucratie.
La France est sûrement le seul pays au monde où les factures ont une vie plus longue que les lettres d’amour.
Thomas Jefferson, ambassadeur à Paris dans les années 1784 – 1789, remarquait que ses gouvernants dirigeaient la France « comme le feraient des loups avec des brebis » .
Aux yeux des Américains, le pays est constitué d’une ribambelle de lobbys qui se soutiennent mutuellement et en appellent systématiquement à l’Etat.
L’automobiliste français est le seul, ayant fait philo au lycée, qui soit capable de justifier ses excès de vitesse.
Ce qu’il y a de bien avec les Français, c’est qu’ils trouvent toujours une raison d’avoir raison.
Normal, depuis le berceau, le Français apprend à refuser la responsabilité de toute faute, qu’elle soit légère ou lourde. Passé trois ans, le leitmotiv du petit Gaulois est : « C’est pas ma faute. »
Vivant dans un embrouillamini de lois, quelquefois utiles, souvent inutiles, chaque français s’arroge le droit de juger celles qui méritent d’être respectées.
… ce qui en France étonne l’étranger, ce n’est pas tant le degré de corruption que la résignation du Français moyen face à ce phénomène… Il tolère les magouilles des grands de ce monde comme les petites libertés prises avec la loi par la France d’en bas, car lui aussi en profite, à l’occasion.
Aujourd’hui, la France produit peu d’artistes d’envergure et le marché de l’Art est dominé par d’autres nations plus créatives.

Hwang Sok – Yong, Monsieur Han*.

Elle se souvint de la maxime qui dit que volonté de femme en colère peut faire geler en plein mois de juin.

Siddhartha, Lettres du Gange*.


Gandhi avait coutume de dire qu'il existait suffisamment de biens matériels pour satisfaire les besoins de tous les hommes, mais pas assez pour satisfaire l'avidité d'un seul.
Certains écrivains comme Thomas Berry nous rappellent que nous devons traiter la Terre comme un " sujet ", et non pas comme un " objet ", si nous voulons réinventer notre humanité.
Les tremblements de terre ne tuent pas les gens. Ce qui les tue, ce sont les immeubles.
La sensation est essentielle à l'élaboration de la pensée.
Je suis aujourd'hui convaincu que les arbres irradient des énergies sacrées qui coulent en nous losqu'on les embrasse, des énergies spirituellement réparatrices.
La plénitude coule de la plénitude, purnat purnam udachyate, comme dit le sloka sanskrit.
La religion représente l'un des grands paradoxes de l'humanité, élevant l'esprit et faisant naître un sentiment de communauté et, simultanément, sur un plan plus large, diminuant et fragmentant la famille humaine.
A son sens, chaque chose avait sa juste place dans le grand plan de la nature, mais les êtres humains étaient trop arrogants pour en faire cas.
Il n'y a pas d'égalité dans la nature, il n'y a que coexistence.

Jean-François Revel, L'obsession anti-américaine*.

Que la France apprenne à se voir enfin telle qu’elle est, avec une Constitution impraticable et moribonde, un Etat incapable d’imposer le respect de la loi, et qui ne sait dire qu’une chose : « Je taxe et je distribue », une intelligentsia de plus en plus aveugle au monde et une population de moins en moins active, persuadée qu’elle peut gagner toujours davantage tout en étudiant et en travaillant toujours moins.
Les outrances souvent délirantes de la haine antiaméricaine, les imputations des médias, relevant tantôt de l’incompétence tantôt de la mythomanie, la malveillance opiniâtre qui retourne la signification de tout événement de manière à l’interpréter sans exception de manière défavorable aux Etats-Unis ne peuvent que convaincre ceux-ci de l’inutilité de toute consultation. Le résultat est l’opposé de celui qui était prétendument recherché. Ce sont les mensonges de la partialité antiaméricaine qui fabriquent l’unilatéralisme américain. L’aveuglement tendancieux et l’hostilité systématique de la plupart des gouvernements qui ont affaire à l’Amérique n’aboutissent qu’à les affaiblir eux-mêmes en les éloignant toujours davantage de la compréhension des réalités. Ce sont ces gouvernements mêmes, ennemis et alliés confondus, qui, remplaçant l’action par l’animosité et l’analyse par la passion, se condamnent à l’impuissance et, par effet de contrepoids, nourrissent la superpuissance américaine.

J.A. Pourtier, Mékong*.

Il tenait au Laos avec cette passion que reconnaîtront ceux qui ont vécu sous la lumière de ce ciel. Il en aimait la nature, les femmes, le silence, l'atmosphère...
Son métier est de ne rien penser par lui-même et son mérite de ne rien dire comme il le pense.
Si la nature tropicale provoque de vives exaltations, elle énerve rapidement les forces naturelles ou humaines. L'abondance de sa sève crée de gigantesques forêts et les transforme aussitôt en immenses foyers de corruption et de fièvres. Elle enivre l'homme et, au même moment, l'amollit. C'est pour résister à son pouvoir maléfique que la sagesse de l'immobilité est devenue la religion des peuples qui l'habitent.

Méas Pech-Métral, Cambodge, mon pays, ma douleur*.

La souffrance, qu’elle soit physique ou morale, quand elle dépasse le degré sensible, on n’est plus capable de réagir.
... dans ce pays où l’on peut mourir de solitude ( France )...
Quand tout est douleur, on ne sent plus rien. Quand tout est douleur, on ne souffre plus. On se laisse aller tout doucement vers l’inconnu...